Pourquoi l’Homme reste-t-il toujours à la recherche de son identité ?
Nous naissons pourtant avec une partie de notre identité qui semble déjà définie.
Nous naissons homme ou femme, dans une famille précise, avec un nom, une histoire, une langue, une culture. Nous grandissons dans un environnement particulier, dans un pays, sur l’un des sept continents de notre planète. Dès notre naissance, beaucoup de choses sont déjà là, avant même que nous ayons eu la possibilité de les choisir.
Et pourtant, malgré tout cela, nous passons une grande partie de notre vie à chercher notre identité.
C’est quelque chose qui m’interpelle. Comment pouvons-nous être à la fois si profondément marqués par ce qui nous a été donné et passer autant de temps à nous demander qui sommes nous réellement ?
Peut-être que ce qui nous est donné à la naissance n’est pas notre identité dans sa totalité. Ce sont plutôt les premières données de notre histoire, les premières facettes d’une personne qui reste encore à découvrir.
Notre famille, notre culture, notre langue, notre environnement, et notre histoire… tout cela pourrait être considérer comme une sorte de matière première. Ce sont des éléments qui nous construisent, mais qui peuvent aussi devenir des outils pour nous comprendre et évoluer.
La vraie question serait alors de savoir si nous restons à la surface de ce qui nous a été donner, ou si nous cherchons à regarder entre ces facettes uniques a chacun de nous.
Puisque derrière un nom, il y a une histoire. Derrière une famille, il y a des valeurs, des habitudes, des blessures, des croyances et un héritage. Derrière une culture, il y a une manière de percevoir le monde. Derrière un pays, il y a une appartenance, mais aussi des expériences qui peuvent nous construire ou nous pousser à nous questionner.
Tout cela fait partie de nous, mais rien ne nous oblige à tout conserver de la même manière.
En grandissant, nous commençons à faire des choix. Nous acceptons certaines choses, nous en remettons d’autres en question, nous en transformons certaines et parfois, nous décidons même de nous éloigner de ce qui nous a pourtant construits.
C’est peut-être là que commence véritablement la construction de notre identité.
Nous nous découvrons dans les personnes que nous rencontrons, dans les choix que nous faisons, dans les choses que nous aimons, mais aussi dans celles que nous refusons. Nous nous découvrons dans nos réussites, mais peut-être encore davantage dans nos échecs, nos changements, nos contradictions et les moments où nous ne savons plus vraiment quelle direction prendre.
Et plus nous avançons dans la vie, plus nous réalisons que nous ne sommes peut-être pas une personne définie une fois pour toutes. Nous commençons à évoluer.
Ce qui nous représentait à vingt-ans peut ne plus le faire à trente ans. Une valeur que nous défendions autrefois peut perdre son importance. Une vision de nous-mêmes peut disparaître pour laisser place à une autre.
Cela pose une question assez troublante : Si nous changeons autant au cours de notre vie, qu’est-ce qui fait que nous restons nous-mêmes ?
Peut-être que l’identité n’est justement pas quelque chose de fixe.
Peut-être qu’elle ressemble davantage à une histoire qui s’écrit avec le temps. Une histoire dont le début ne dépend pas de nous, mais dont nous pouvons progressivement prendre la plume.
Nous ne choisissons pas toujours les premières pages de notre vie. Nous ne choisissons pas notre famille, notre lieu de naissance, notre culture ni les circonstances dans lesquelles nous grandissons. Mais avec le temps, nous pouvons apprendre à lire ces premières pages autrement.
Nous pouvons comprendre ce qui nous a construits, ce qui nous a blesser, ce qui nous a donner de la force et ce que nous voulons transmettre à notre tour.
C’est peut-être ici que se trouve une forme de liberté : ne pas pouvoir choisir d’où l’on vient, mais pouvoir réfléchir à ce que l’on veut faire de ce qui nous a été donner.
Et cette liberté n’est pas toujours simple. Car nous ne cherchons pas seulement à comprendre notre identité. Nous cherchons aussi à la faire reconnaître.
Nous voulons que les autres comprennent qui sommes nous, respectent nos choix et reconnaissent notre histoire. Et lorsque quelqu’un remet en question notre identité , nous pouvons avoir l’impression qu’il ne remet pas simplement en question une opinion, mais une partie de nous-mêmes.
C’est peut-être, pour celà , que l’être humain défend autant son identité.
Parce que derrière la question « Qui suis-je ? », il y a peut-être une question encore plus profonde : « Est-ce que j’ai le droit d’être celui ou celle que je suis devenu(e) ?
Nous voulons parfois être compris par notre famille, acceptés par notre société, reconnus par les personnes que nous aimons. Mais devenir soi-même signifie parfois accepter de ne plus correspondre exactement à ce que les autres avaient imaginé pour nous. Et cela ne signifie pas nécessairement rejeter nos racines.
Nous pouvons garder nos racines sans être prisonniers de notre passé. Nous pouvons aimer notre histoire sans être obligés de la répéter. Nous pouvons reconnaître ce que notre famille nous a transmis sans devoir tout reproduire. Nous pouvons changer sans forcément nous trahir.
Peut-être que la liberté ne consiste donc pas à choisir entièrement qui sommes nous. Personne ne commence avec une page blanche. La liberté serait plutôt de regarder ce qui nous a été donné, d'en comprendre les différents aspects, puis de décider consciemment de ce que nous voulons en faire.
Certains garderont presque intact ce qu’ils ont reçu, alors que d’autres transformeront profondément leur héritage.
Certains chercheront à s’en éloigner, et d’autres découvriront, avec le temps, que certaines choses qu’ils voulaient fuir faisaient finalement partie de ce qui les avait construits.
Il n’y a peut-être pas une seule manière de devenir soi même. Et peut-être que chercher son identité n’est finalement pas le signe que nous sommes perdus. C’est peut-être simplement la preuve que nous sommes encore en train de devenir. Puisque l'homme, au fil du temps, apprend à regarder, à comprendre, à questionner et parfois à transformer le tout.
Alors peut-être que la question n’est pas seulement : « Qui suis-je ? » Mais aussi :« Qu’est-ce que je peux devenir à partir de tout ce qui m’a été donné ? » Et peut-être qu’au fond, nous ne passons pas notre vie à trouver notre identité, mais à découvrir ce que nous pouvons faire de celle avec laquelle nous sommes nés.
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